Savez-vous que la poubelle est une invention made in Paris ? Elle doit son apparition à Eugène Poubelle (1831-1907), préfet de la Seine de 1883 à 1896. Chargé de l’administration courante de la ville de Paris, le préfet de la Seine exerçait une grande influence à une époque où la fonction de maire de Paris était abolie. En effet, après la défaite de la Commune en 1871, la Mairie de Paris est supprimée et ne sera rétablie qu’en 1977 sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

L’histoire du ramassage des déchets

Ramassage des déchets vers 1890

Ramassage des déchets vers 1890

Pendant des siècles, les Parisiens ont jeté leurs déchets sur la voie publique. D’ailleurs, la fossilisation de ces déchets a rendu possible la recherche sur les modes de consommation d’antan. Le 13 octobre 1131, un fait divers se produit dans Paris. Comme d’habitude, de nombreux cochons sillonnent les rues et nettoient les immondices. Mais voilà que l’un d’eux se jette sous un cheval. Le cavalier fait une mauvaise chute et meurt. Il s’agit de Philippe, fils aîné du roi Louis VI le Gros et, donc, héritier du trône. L’incident permettra à son frère de régner sous le nom de Louis VII le Jeune. Il sera ainsi à l’origine d’un édit royal interdisant la divagation des cochons.

Afin de lutter contre l’amoncèlement des déchets, Philippe Auguste ordonne en 1184 le pavage des rues de la cité mais celui-ci ne sera achevé que des siècles plus tard. En 1506, Louis XII instaure la « taxe des boues et des lanternes » destinée à financer l’enlèvement des ordures et l’éclairage des rues. En 1539, François Ier impose aux Parisiens de déposer les ordures dans des paniers. En 1799, une ordonnance de police oblige les propriétaires et locataires parisiens à balayer chaque jour devant leur logis. Paris compte environ 2 millions d’habitants et l’organisation d’un ramassage régulier des déchets ménagers devient indispensable.

Eugène Poubelle

Eugène PoubelleIl faudra attendre Eugène Poubelle pour améliorer considérablement l’hygiène des foyers. Par les arrêtés du 24 novembre 1883 et 7 mars 1884, il oblige les propriétaires d’immeubles à mettre à disposition de leurs locataires des récipients communs munis d’un couvercle et d’une capacité suffisante (40 à 120 litres) pour contenir les déchets ménagers. Un ramassage quotidien par des voitures tirées par des chevaux est mis en place. Le préfet prévoit aussi un tri des déchets avec trois types de réceptacles, un pour les matières putrescibles, un pour les papiers et les chiffons, et un dernier pour le verre, la faïence et les coquilles d’huitres mais cette mesure sera mal appliquée et disparaîtra progressivement.

Comme toute mesure contraignante, les arrêtés d’Eugène Poubelle suscitent l’hostilité d’une partie de la population et de la presse. Les propriétaires perçoivent désormais de nouvelles charges ; les concierges se plaignent de tâches supplémentaires à accomplir tandis que les chiffonniers sont menacés de perdre leur gagne-pain. Un journaliste du Figaro qualifie par dérision les récipients communs de « boîtes Poubelle ». Le nom leur restera pour l’éternité. Bon gré, mal gré, les Parisiens s’habituent à utiliser les poubelles. En 1890, la définition de la poubelle est insérée dans le supplément du Grand dictionnaire universel du 19e siècle. L’exemple de Paris se répand petit à petit dans les villes de province.

Eugène Poubelle est également à l’origine de la mise en route du tout-à-l’égout. En 1894, il impose aux propriétaires de raccorder leurs immeubles au réseau d’égout et de payer les frais d’exploitation afférents à la collecte des eaux usées. Cette sanction est une étape importante dans la lutte contre le fléau du choléra.

En reconnaissance de la contribution d’Eugène Poubelle à l’amélioration de la vie dans la capitale, une petite rue dans le 16e arrondissement, à côté de la Maison de Radio-France, porte son nom.

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