La Panhard 24CT, la dernière d’une grande lignée…

Nous sommes en décembre 1963 et l’Action Automobile essaye le dernier modèle de la marque Panhard, la 24CT, un joli coupé qui sera malheureusement l’ultime modèle de cette marque qui disparaît en 1967 après avoir été reprise par Citroën. L’essai est mené par Alain Bertaut. Bonne lecture !

L’essai

Présenté en juin dernier dans ses deux versions – 24 C et 24 CT – la Panhard 24 fut l’une des vedettes du Salon de Paris. La fabrication est aujourd’hui commencée et les premiers exemplaires circulent déjà.

Après une très brève prise de contact dans les environs de Toussus-le-Noble au volant d’une voiture juste sortie de chaîne, nos impressions se devaient d’être analysées plus à fond à la faveur d’un essai sérieux complété par la série de mesures que nous faisons habituellement à Montlhéry.

Nous avons donc pu disposer d’une voiture pendant une pleine semaine et, au cours d’un essai poursuivi sur environ 1000 km, circuler aussi bien en ville que sur routes, sans négliger les conditions limites d’utilisation sur le circuit de Montlhéry.

Mécanique et finition

Un trait dominant ressort de l’examen détaillé de ces nouvelles voitures : l’ensemble est homogène et monte que l’étude a été poursuivie avec logique. Sur un châssis formant cadre et donnant un plancher rigoureusement plat est fixée sur une carrosserie aux lignes harmonieuses et équilibrées que l’on doit à l’équipe de stylistes dirigée par M. Bionnier, responsable des formes dépouillées de la première Dyna. La silhouette de la Panhard 24 sacrifie à la mode lancée par la Chevrolet Corvair (ligne horizontale ceinturant la carrosserie) reprise ensuite par la NSU Prinz 4, la Fiat 1500. L’élégance résulte ici d’un juste équilibre des proportions, de la faible hauteur des flancs de caisse et du pavillon, très plat, supporté par quatre piliers très minces, qui n’est pas sans rappeler celui, concave, de la récente Mercedes 230 SL. A l’avant, le capot comprend une ouverture permettant les opérations usuelles d’entretien. Pour les réparations importantes, il suffit de retirer huit boulons pour mettre à nu toute la mécanique (moteur, boite, suspension). La partie supérieure de l’arrière constitue le couvercle de malle (celle-ci est large, plate et profonde, et son volume utile est appréciable). La roue de secours est logée sous le coffre, dans un berceau escamotable que l’on dégage au moyen d’une tirette placée à l’intérieur de la malle.

Caractéristiques techniques

Dimensions et tableau de bord

La voiture essayée étant une 24 CT, c’est-à-dire la coupé Tigre 2+2, la mécanique est naturellement celle de la berline Tigre. Notons que, par rapport à la berline, l’empattement a été réduit de 27 cm (230 cm au lieu de 257). Moteur, boite, suspension sont donc connus. Cependant, le moteur Tigre a fait l’objet de quelques modifications, dont les plus importantes concernent, d’une part, l’échappement et, d’autre part, l’admission, pour laquelle on a mis au point une « capacité de résonnance accordée » consistant en une canalisation de longueur et de diamètre bien définis débouchant dans une capacité surplombant le carburateur double corps inversé.

L’équipement complet, le système de chauffage-désembuage (même de la lunette arrière) par canalisations ceinturant l’habitacle, la conception de l’aménagement intérieur témoignent du souci de procurer aux occupants le maximum d’agréments. La colonne de direction est réglable, le diamètre unique du volant de forme ovale est matelassé, les dossiers sont réglables en inclinaison et peuvent former couchettes, les sièges sont non seulement réglables en distance (crémaillère à huit crans), mais aussi ajustables en hauteur (on peut lever ou abaisser l’avant et l’arrière du siège). Pour permettre l’accès aux deux (petites) places arrière, les sièges coulissent sur des glissières. Le dossier de la petite banquette arrière se rabat pour servir de complément au coffre (deux sangles sont prévues).

Indépendamment du chauffage-dégivrage, que l’on peut distribuer à volonté à l’arrière, à l’avant, sur le pare-brise, sur la lunette arrière ou les deux à la fois, la ventilation en air extérieur est assurée par deux ouïes orientables situées de part et d’autre de la planche de bord, et par les glaces arrière faisant office de déflecteurs.

Montlhéry et la route

A Montlhéry, nous avons obtenus les résultats suivants :
Vitesse maximale : 153,920 km/h, correspondant à une vitesse en ligne droite de 157 km/h, nettement supérieur aux 150 km/h annoncés par le constructeur. Au compteur 165 km/h et, au compte-tours, 6 600 tr/mn.
Accélération : départ arrêté, nous avons obtenu 21,2s pour les 400m et 39,7s pour les 1000m, contre 39,3s avec une Peugeot 404 et 39,7s avec une Renault Caravelle.

La tenue de route est remarquable (caractère sous-vireur s’atténuant à mesure que la vitesse en virage augmente), la direction est précise (elle est assez lourde lors des manœuvres de stationnement), la boite est extrêmement facile à manier, bien que la grille du sélecteur ne soit pas assez resserrée. Quant au freinage, dans une première phase, il nous a donné des inquiétudes à cause du broutage qui se traduisait pas une forte vibration du train avant. En utilisation intensive comme à Montlhéry, ce défaut a ensuite disparu, les freins remplissant alors normalement leur office. Sur la route, cependant, en conduite rapide, le même défaut est réapparu dès que nous devions freiner à grande vitesse. C’est dommage, car ce phénomène se manifeste aux allures élevées, c’est-à-dire alors que le conducteur doit pouvoir faire totalement confiance à ses freins.

Caractéristiques techniques

Caractéristiques techniques

L’usage normal sur route donne à la voiture sa véritable physionomie. La marge de sécurité que confère la tenue de route est énorme. En vitesse de croisière (130-140 km/h), le moteur n’est pas bruyant et le confort (ne parlons pas des places arrières) est digne d’une grande routière.

En circulation urbaine, la Panhard 24 CT est maniable et la visibilité est excellent de tous cotés. A l’arrêt aux feux rouges, par exemple, le moteur au régime de ralenti (1100 tr/mn) transmet quelques vibrations. La boite de vitesse devrait être plus silencieuse. Les modifications apportées au moteur en ce qui concerne l’admission et l’échappement se traduisent par une souplesse supérieure à celle du moteur de la berline Tigre.

Au point de vue finition, certains détails mériteraient d’être revus : la boite à gants, que l’on ne peut ouvrir sans retirer la clé de contact, l’absence d’une poignée de maintien pour le passager, les commandes de clignotant et de commodo d’éclairage imprécises, la fixation peu esthétique de la lampe du miroir de courtoisie, le pavillon tenu de drap au lieu de vinyle (moins salissant).

Homogène dans sa conception générale, étudiée avec soin, la Panhard 24 CT possède bon nombre d’atouts sérieux. Il importe que la finition soit au même niveau que l’impression favorable qu’elle dégage dans son ensemble.

Pour en savoir plus sur ces modèles, le club Panhard:

http://www.club-panhard-france.net/Site/