Peugeot 604 TI à la recherche de la séduction

Un essai du haut de gamme Peugeot des années 70, la 604 TI équipée du V6 PRV. L’essai date de janvier 1978 dans le magazine Action Automobile sous la plume d’Alain Bertaut.

L’essai

La 604 TI est la réplique de Sochaux à la Citroën CX GTI. Contrairement à ce que peut laisser supposer la situation économique présente – pour l’automobiliste davantage que pour les constructeurs d’ailleurs – la tendance se confirme, qui veut parfaire l’agrément quitte à alourdir l’addition. Quant à la justification réelle de cette escalade, il ne manque pas d’esprits imaginatifs pour en faire saisir toutes les nuances subtiles…

On doit considérer la Peugeot 604 dans sa dernière version à injection et boite 5 vitesses comme le nec plus ultra de la firme de Sochaux. Elle voudrait bien qu’on la considère comme la « Mercedes française ». Ce serait présomptueux. En revanche, elle peut briguer le titre de « la voiture française de luxe ». Ce n’est déjà pas si mal… On peut toutefois de demander si Peugeot ne s’est pas trompé de cible. Sportive, la 604 TI l’est devenue en partie, mais la question n’est pas là. Dès lors que l’adoption de l’injection a pour raison théorique d’accroître les qualités de souplesse et de douceur du moteur, pourquoi opter pour une boîte à cinq rapports qui les efface partiellement ? La clientèle Peugeot traditionnelle s’est-elle brusquement transformée en virtuose du compte-tours ? La quiétude du 6 cylindres à injection n’aurait-elle pas suffi ?Peugeot 604 interieur

Depuis que j’avais fait l’essai de la Peugeot 604, c’est-à-dire peu après son lancement au printemps 1975, je n’avais pas eu l’occasion de la reprendre en mains. Il est bon, parfois, de laisser un modèle murir et de le retrouver, de le redécouvrir alors que d’autres voitures sont apparues qui élargissent la concurrence et les bases de comparaison.
Ce nouveau contact a permis de faire ressortir un caractère assez différent de la Peugeot 604 qui, d’une manière générale, offre davantage en plaisir de conduite. Certes, les modifications techniques se limitent à peu de choses par rapport à la version SL de base. Le plus important concerne naturellement le moteur V6 qui, avec l’injection Bosch K-jetronic, est très proche de celui de la Volvo 264. Avec la même cylindrée (2 664cm3), le même rapport de compression (8,65/1), l’adoption de l’injection à la place des 2 carburateurs a fait passer la puissance de 136 à 144 ch, mais elle est obtenue à 5 500 tr/min au lieu de 5 750 tr/min et le couple maximal atteint 22,1 mkg au régime plus favorable de 3 000 tr/min au lieu de 3 500.

Si l’on ne décèle aucun adaptation ou modification en ce qui concerne les suspensions, les freins (disques AV ventilés), la direction (assistée), les roues, les pneus toujours sous-dimensionnés, on remarque que les seuls aménagements concernant l’embrayage (de plus grand diamètre) et la transmission avec la boîte mécanique à 5 rapport que la berline 604 TI partage maintenant avec le coupé 504 V6 à injection. Cette boîte est entièrement nouvelle, avec des rapports spécifiques, une 4ème directe qui, grâce à un couple de pont plus court de 5,15%, donne un facteur de performance de 30,65 km/h à 1000 tr/min, mais 37,32 km/h en 5ème, toujours à 1000 tr/min. En pratique, cela se traduit par un régime de 3 480 tr/min en 5ème pour une vitesse de 130 km/h (autoroute par exemple) au lieu de 4 020 tr/min sur la 4ème avec la SL. On mesure le gain aussi bien en consommation qu’en niveau sonore du moteur.

Finition de qualité

Techniquement, donc, l’inventaire est assez vite dressé. L’examen détaillé de la voiture prend un peu plus de temps. Alors que, dans son ensemble, la TI ne présente que très peu de différences extérieures par rapport à la SL, on doit souligner les progrès réalisés en matière de finition, l’équipement étant également bien étudié pour donner le maximum d’agrément : repose-pied à gauche, réglage des phares (excellents) en hauteur, rétroviseur extérieur à télé-commande, feux AR de brouillard, témoins multiples. Mais quelques bruits de carrosserie parasites, un léger sifflement de boîte et, surtout, un compte-tours sans zone rouge (n’est ce qu’un gadget ?).Peugeot 604 tableau de bord

La qualité d’ensemble – à part la carrosserie vulnérable et légère – s’accorde avec l’équilibre dynamique de la voiture. En premier lieu, la tenue de route grâce au comportement pratiquement neutre, une direction (assistée) très agréable (3,5 tours) assurant un excellent guidage du train AV, des freins que nous n’avons pas pris en défaut et une suspension qui réalise un compromis judicieux entre l’efficacité routière et le confort. On peut regretter le roulis un peu trop accentué en virage (d’où, parfois, patinage de la roue AR intérieure), la commande de boîte qui devrait être plus précise et des pneus qui compromettent le comportement sur routes mouillées. Décidemment, on est incorrigible chez Peugeot (cf. la 305). Autre bon point : les qualités routières et le confort ne sont pas détériorés à pleine charge.

Peugeot 604 performances

Performances et caractéristiques

La plupart de ces qualités que nous nous plaisons à souligner sont mieux mises en évidences avec la 604 TI. Il reste que le moteur est toujours aussi désagréable au ralenti (irrégularités cycliques) alors qu’il se montre très à l’aise lors des reprises aux basses vitesses tout en améliorant assez sensiblement les performances : pas tellement en vitesse de pointe (+ 2 km/h), mais surtout en accélération et sur le circuit routier de Montlhéry. Ceci en raison des 3ème et 4ème rapports plus « courts » de la boîte. C’est d’ailleurs pourquoi, au chapitre de la consommation, le gain est net en 5ème à 120 km/h (- 1,8L/100 km) alors qu’on note une légère augmentation sur le parcours routier couvert à 75 de moyenne. En conduite variée, il faut tabler sur une consommation de 12 à 14 L/100 km. En conclusion, moins que le rendement global supérieur de la Peugeot 604 TI, c’est à l’amélioration appréciable de l’agrément de conduite qu’il convient de prêter attention. Cependant, une meilleure élimination des bruits aérodynamiques aurait permis de mette en évidence un gain en niveau sonore. Mais, compte tenu de la vocation de cette berline, n’aurait-il pas suffi d’offrir seulement l’injection ?

 

POUR

  • Agrément de conduite
  • Performances
  • Consommation en baisse
  • Finition et équipement
  • Qualités routières

 

CONTRE

  • Carrosserie légère
  • Bruits remous d’air
  • Ralenti moteur
  • Pneus insuffisants

Si vous etes intéressé par ce modèle, n’hésitez à visiter le site du club 604 : http://www.club604.com/